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Les incontournables

Utopies/Dystopies : le monde de demain est déjà là

Publié le 10 avril 2020 par Thomas Mourier

Nous vivions une période digne d’un scénario de science-fiction, et si personne n’avait prédit ce confinement mondial, beaucoup de créateurs se sont penchés sur les questions de la pandémie, de la catastrophe et des mondes de demain.

La science-fiction est partout aujourd’hui, dans tous les domaines créatifs. Son importance dans tous les milieux culturels résulte peut-être de sa capacité à parler du présent, avec beaucoup de justesse, sous couvert d’évoquer le futur.

Voici quelques titres récents pour parler d’utopies et d’autres plus classiques pour aller vers la dystopie. N’hésitez pas à partager vos conseils et coups de coeur sur les réseaux  : FacebookTwitterInstagram.

Face A : 🚀 Utopies ? 

👩‍🚀 Soon, de Thomas Cadène & Benjamin Adam, Dupuis 

Soon, de Thomas Cadène & Benjamin Adam, Dupuis

L’humanité a sombré, les conséquences directes de notre inaction et des décisions prises à la fin des années 2000 ont précipité la Terre vers la fin. Après ces catastrophes, les survivants ont réagi en créant des règles très strictes. En laissant une partie de la Terre en jachère et en repensant notre rapport à la société. Et avec lui, l’espoir de la fuite en avant : et s’il n’y avait pas de planètes alternatives où se réfugier ? 

Le sacrifice d’une génération pour l’autre ou des générations futures sont les problématiques qui ressortent de la relation entre une mère et son fils. Transmission, rébellion et difficultés à communiquer, cette famille symbolise cette évolution de l’humanité qui s’est tournée vers l’espace pour se sauver.

Le trait de Benjamin Adam est parfait pour donner vie à cette douce dystopie. Aussi à l’aise pour créer des ambiances exotiques que des schémas didactiques, avec un découpage précis qui rend très fluide ce gros livre de 240 pages. Un style de dessin qui oscille sans cesse entre le dessin technique et la vision poétique.

Pour cet album, les pages qui racontent la conquête spatiale détonnent avec leur empreinte négative, l’auteur ayant réalisé les planches de manière classique avant d’inverser les couleurs. La partie racontée elle, a un traitement plus traditionnel et le dessinateur en profite pour jouer avec les teintes de couleurs selon les lieux et les émotions.

Un récit de SF parnassien qui prend le temps d’explorer ce monde nouveau. Avec en filigrane un beau récit d’émancipation qui en fait l’un des albums les plus captivants du genre depuis longtemps. Une touche d’espoir au milieu de l’inévitable, si rien ne change.

🌲 Dans la Forêt de Lomig d’après le livre de Jean Hegland, Sarbacane

Dans la Forêt de Lomig d’après le livre de Jean Hegland, Sarbacane

La semaine dernière, nous évoquions les plus beaux albums qui évoquent la nature et la tentation de vivre dans les bois. Dans la forêt aurait pu être de ceux-là s’il n’y avait pas cette atmosphère pesante et ce sous texte de fin du monde. 

Adapté du roman éponyme de Jean Hegland, cet album de Lomig met en scène la fuite de deux jeunes femmes au coeur de la forêt, réfugiées dans une maison de famille à l’écart de la civilisation. Car la civilisation s’est effondrée, ni électricité, moyens de communication ou de transports, chacun est livré à lui-même ou presque. À travers les yeux et le journal de Nell et Eva nous allons comprendre en pointillés cette chute et assister à l’adaptation des jeunes femmes à leur milieu. Bien sûr, il leur reste leurs passions, la lecture et la danse, il leur reste des objets, des conserves et la maison mais ce sera vers la forêt et leur nouvel environnement que les héroïnes de cette fable noire devront se tourner. 

Lomig adapte ce texte en créant des images fortes grâce à un parti-pris discret, celui de travailler les décors, les animaux et la nature en général de manière très précise, presque sous forme d’un carnet de croquis. Une technique qui fait ressortir les personnages humains qui eux sont traités de manière semi-réaliste, se distinguant dans la nature qui semble bien se passer d’eux. Autre choix, la bichromie sépia qui donne une atmosphère plus intime et qui semble ralentir le temps. Le dessinateur propose une mise en page qui souligne ce temps nouveau auquel nous ne sommes pas habitués. 

La beauté de la nature rendue ici contraste avec cette idée d’inconnu qui la rend habituellement effrayante. Et la progression des jeunes femmes nous accompagne dans notre propre cheminement à imaginer un monde sans technologie, un monde où les humains doivent réapprendre à faire société ensemble. 

🦜 Petit traité d’écologie sauvage (3 volumes) de Alessandro Pignocchi, Stenkis

Petit traité d'écologie sauvage (3 volumes) de Alessandro Pignocchi, Stenkis

Vous avez peut-être vu passer ses aquarelles sur le Net, à travers les strips politiques absurdes qu’il imagine sur son blog avec E.Macron, E.Philippe A.Merkel & leur rapport à la nature. Ce chercheur en sciences cognitives et philosophie de l’art s’est lancé dans la bande dessinée et explore les limites de notre société ou de notre actualité dans cette série Petit traité d’écologie sauvage, La cosmologie du futur & Mythopoïèse.

Un auteur qui questionne le monde qui nous entoure avec humour et intelligence, n’hésitant pas à passer de nos politiciens aux mésanges blasées qui commentent les actions & les discours de leurs cousins humains. Un contrepoint parfait à la langue de bois et au langage technocratique de la vie politique. Alessandro Pignocchi n’en est pas à son coup d’essai, il raconte ses voyages en Amazonie sur les traces des Indiens Jivaros et de l’anthropologue Philippe Descola dans Anent – Nouvelles des Indiens Jivaros. Un premier livre qui s’articule entre reportage et réflexion, et met en lumière notre conception du monde très ethnocentrée. Une enquête point de départ de son travail en bande dessinée qui va interroger notre quotidien à partir de questionnements inédits. Il réalisera également un reportage sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes dans La Recomposition des Mondes.

Fort de ces expériences, il s’interroge sur notre rapport à la nature, à la hiérarchie ou au groupe en comparant à d’autres sociétés avec une vision d’anthropologue. Une mise en abîme faite avec beaucoup d’humour, l’auteur imagine de petits sketchs qui mettent en scène les figures politiques de Donald Trump à Vladimir Poutine en passant par François Hollande. Avec un petit pas de côté, il renverse les codes pour nous confronter à nos contradictions.

Le dessinateur alterne les pleines pages à l’aquarelle, magnifiques évocations de nature, avec des pages construites sous forme de blog avec une image répétée dont seul le texte change. En croisant reportage et humour, l’auteur à réussi a créé un essai d’un genre nouveau entre journal intime et carnet de recherche universel. 


Face B : 🤯 Dystopies ! 

🔪 Femme sauvage de Tom Tirabosco, Futuropolis

Femme sauvage de Tom Tirabosco, Futuropolis

Étrange fable qui résonne avec l’actualité, Femme sauvage se penche sur plusieurs phénomènes très présents dans les médias : le rapport de l’individu à l’état & les privations de liberté, la possible fin du monde & le survivalisme ou encore la modernité & le désir de se reconnecter à la nature. À travers la rébellion de cette jeune femme qui décide de rallier les montagnes du Yukon au Canada car la guerre civile fait rage aux USA. Un chemin difficile qu’elle fera accompagnée de son exemplaire de Walden d’Henry David Thoreau, le grand penseur de la nature et de la désobéissance civile du 20e siècle.

Un récit d’anticipation qui démarre comme une fuite, et qui va amener l’héroïne à se découvrir, à repenser son rapport au monde au beau milieu des bois. Elle se débrouille pour survivre, y prend ses habitudes (on pense aux romans contemporains Into the wild de Jon Krakauer ou au Grand Jeu de Céline Minard) mais la forêt n’est pas un lieu sûr et très vite elle s’enfonce plus loin pour échapper à ses semblables. Le danger humain, les drones, les ours, les cauchemars, la solitude seront son quotidien jusqu’à sa rencontre avec une silhouette qui semble habiter la forêt depuis bien longtemps. On n’en dira pas plus pour que vous puissiez faire votre propre rencontre…

Le dessin aux crayons gras et fusains offre une ambiance particulière au récit. Cette absence de cerne permet au dessinateur de créer des effets de superposition ou des planches oniriques uniquement en variant son trait. Le noir & blanc et ce choix d’un trait épais laissent de la place à l’imagination et tout l’album, entrecoupé de visions, est une invitation à la rêverie. Le livre est dense mais peu bavard, la nature et ses habitants occupent une grande place et certains passages se font contemplatifs et les planches invitent à une balade par ses choix de cadrages.

On peut rapprocher ce nouveau livre d’un précédent réalisé avec le scénariste Pierre Wazem, La fin du monde, qui s’intéressait également au destin d’une jeune femme en lutte pour sa survie. Dans un monde qu’elle découvre au fur et à mesure et qui cache bien plus de choses que l’on croit. Un fantastique intimiste dans les deux cas, avec pour Femme sauvage une réflexion sur le présent de la part de cet auteur engagé et une lueur d’espoir dans cet univers dystopique.

🐒 Y : Le Dernier Homme de Brian K. Vaughan & Pia Guerra, Urban Comics

Y : Le Dernier Homme de Brian K. Vaughan & Pia Guerra, Urban Comics

Ici, il est bien question d’un virus, un virus mondial. Un virus qui prive la Terre de tous les porteurs du chromosome Y, les mâles. Dans Le dernier homme, Yorick, dernier homme connu devient la proie de plusieurs factions qui cherchent à le protéger/l’utiliser comme reproducteur/le supprimer/le disséquer… Tandis que lui-même cherche la cause de cette épidémie et un sens à sa vie amoureuse. Très bon récit de SF, sous forme de road trip à travers la planète, qui se double d’une réflexion intéressante sur le genre et qui donne à la série un air très contemporain quinze ans plus tard.

Le style épuré de Pia Guerra donne une ambiance proche des comics d’Archie ou des romances de Jack Kirby. Un jeu avec la normalité là où on devrait être plus dans l’ambiance de L’armée des 12 singes que d’un soap. Ce trait sans fioriture, mis en valeur par un choix de couleur en aplat qui remplace les décors quand l’histoire se concentre sur les émotions des personnages, a permis à la série de toucher un large public et de conserver une identité forte et assez unique dans le maelström de série post-apocalyptique qui débarque chaque année.

La série met un peu de temps à décoller vraiment malgré son point de départ intrigant, mais cela vaut le coup de s’accrocher car la suite vaut le coup d’oeil, le scénariste nous emmène assez loin dans son idée, sans cliché, avec toujours une longueur d’avance. Très référencé et à plusieurs niveaux de lecture, c’est une série qui mérite de s’y attarder plusieurs fois pour en saisir le meilleur.

🦌 Sweet Tooth de Jeff Lemire, Urban Comics 

Sweet Tooth de Jeff Lemire, Urban Comics

Ici aussi, il est question de pandémie, d’un virus qui décime la majorité de l’humanité, confinant les êtres humains dans des bunkers, camps fortifiés ou fermes isolées. Les survivants découvrent les mutations des nouveau-nés, la nouvelle génération porte en germe un nouveau type d’humanité, mi-homme mi-animal. Symbole d’espoir pour les uns, présage funeste pour les autres, les mutants vont être traqués dans ce Far West post-apocalyptique. 

Jeff Lemire raconte cette histoire en rapprochant deux personnages très différents : le jeune Gus, traqué pour son gène mutant, immédiatement repérable à ses bois et oreilles de cerf, par des militaires. Et Tommy Jepperd, un survivaliste solitaire qui trouve Gus dans sa cabane isolée, solitaire depuis la mort de son père. L’enfant qui a toujours vécu seul avec son père va devoir apprendre à faire confiance aux autres et à faire ses propres choix dans un monde où la loi du plus fort est redevenue la norme. 

Le dessin si particulier du dessinateur canadien prolonge cette atmosphère étrange & effrayante qui évoque immédiatement La route ou Méridien de sang de Cormac McCarthy mais surtout de l’aveu de l’auteur Vic & Blood de Richard Corben et The Punisher – La fin de Garth Ennis. Un style propice au fantastique et à la transgression, un trait brut qui lorgne du côté des influences franco-belges. Un dessin très porté sur la narration mis en valeur par les couleurs du dessinateur José Villarrubia. 

Depuis cette première grande série, Jeff Lemire est devenu l’un des auteurs les plus en vue du comics, en travaillant à la fois chez les big two DC (Justice League Dark, Constantine, Batman, Teen Titans…) et Marvel (Hawkeye, Old Man Logan, Thanos, X-Men, Sentry…) mais aussi avec des projets indés : super-héros (Black Hammer, Bloodshot…) ou non (Descender, Royal City, Gideon Falls…).

Image extraite de l’album © Les Bêtes Sauvages / Loïc Godart

Thème très prisé en littérature, dessinée ou non, la liste des oeuvres qui traitent de ce sujet est encore longue :

☣️ Côté virus extrêmes, vous pouvez prolonger vos lectures avec Black Hole de Charles Burns (lire le coup de ♥), The Walking Dead de Robert Kirkman, Tony Moore & Charlie Adlard (lire le coup de ♥).

☢️ Côté dystopies et mondes post-catastrophes, vous pouvez vous jetez sur Le Dernier Atlas de F.Vehlmann, G.de Bonneval, H.Tanquerelle, F.Blanchard & L.Croix (lire le coup de ). Akira de Katsuhiro Otomo (lire le coup de ),
Nausicaä de la vallée du vent d’Hayao Miyazaki (lire le coup de ),
Dragon Head de Minetaro Mochizuki (lire le coup de ),
Le Dernier Pharaon, Blake et Mortimer T11 de François Schuiten, Jaco Van Dormael, Thomas Gunzig & Laurent Durieux (lire le coup de ),
Les bêtes sauvages de Loïc Godart (lire le coup de ),
Éveil de Taiyou Matsumoto (lire le coup de ),
Le Transperceneige de Jean-Marc Rochette, Jacques Lob & Benjamin Legrand (lire le coup de ♥︎)

🌀 Et pour conclure, lisez l’An 01 de Gébé (lire le coup de ) qui est mis en ligne gratuitement par son éditeur le temps du confinement, et qui résonne étrangement avec notre actualité, un reportage sur l’utopie à venir : “On arrête tout, on réfléchit, et c’est pas triste”.


Illustration principale : © Alessandro Pignocchi / Stenkis

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