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Découvrir la bande dessinée — ép.1 : Les grands classiques en 10 essentiels

Publié le 10 novembre 2017 par Thomas Mourier

Vous avez toujours rêvé de gagner au Trivial Pursuit en répondant à la question marron sur le prénom du Capitaine Haddock ? Faire le meilleur cadeau d’anniversaire en choisissant le bon épisode de Lucky Luke ?
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C’est avec l’école Belge de que tout commence vraiment, entre Hergé pionnier de la bande dessinée autodidacte ou un peu plus tard les ateliers collectifs de « l’école de Marcinelle » qui feront l’âge d’or des éditions Dupuis & de son Journal Spirou puis le Journal Tintin et les français de Pilote. Viendront Fluide Glacial, Métal Hurlant, (à suivre),… l’histoire de la bande dessinée est née dans les journaux spécialisés bien avant de connaître sa diffusion sous la forme actuelle directement en albums. Un format qui a ouvert la porte aux grandes sagas, aux héros récurrents : pour remplir les pages du journal chaque semaine d’une part mais surtout la possibilité pour les auteurs de faire des essais, d’évoluer, de tenter de nouveaux départs,… bref à l’expérimentation là où aujourd’hui les lecteurs exigent bien souvent un univers bien installé dès les premières planches de l’album. On oublie bien souvent que les premiers albums de Tintin ont été entièrement redessinées & réécrits, que Tintin, Spirou et Blake et Mortimer étaient travaillés en studio sans mention des assistants ou scénaristes, ou encore que Lucky Luke comporte quelques albums horribles au milieu des chef-d’œuvres selon les scénaristes choisis par Morris.

1. TINTIN

À seigneur tout honneur, il est le héros de bande dessinée le plus traduit au monde et pratiquement le seul qui fait l’objet de recherches scientifiques et d’expositions muséales.

Petit, j’étais fasciné par une case de l’Or noir où un cheikh montrait à Tintin venu se reposer sous sa tente, en plein désert, un album d’Objectif Lune. Comment pouvait-il faire cela alors que l’Or Noir était sorti avant Objectif Lune ? La réponse est venue bien plus tard quand j’ai appris que l’idole de ma pré-adolescence travaillait en studio et qu’un autre dessinateur avait retouché ces scènes plusieurs fois. 

Hergé lance son personnage dans le supplément d’un journal catholique destiné à la jeunesse Le Petit Vingtième. Un héros boy-scout qui parcourt le monde pour ses reportages et fera figure de justicier occasionnel devant les abus dont il sera témoin. Après les premiers albums très influencés par la pensée de l’époque et ses mentors, Hergé va commencer à se documenter et ce sera avec le Lotus bleu qui propose un récit travaillé qui s’extirpe des clichés et des maladresses des débuts. Les scénarios vont s’étoffer, les personnages secondaires se dévoiler pour donner quelques-unes des plus belles réussites de la Bande Dessinée. Même si beaucoup d’œuvres ont pré-existées en France et en Belgique et encore plus aux États Unis et au Japon, c’est vraiment Tintin qui sera le point de départ de la Bande Dessinée en Europe, en impulsant un mouvement et en imposant ses codes. 

Aussi inventif et moderne dans les histoires qu’il propose que dans ce graphisme fascinant, Hergé construit une œuvre forte et cohérente truffée de pépites et de pages inoubliables. Il essaie toutes sortes de techniques, adapte ses formats, re-découpe, re-dessine et ré-écrit bon nombre de ses histoires. Son travail sur le dessin et la narration va se perfectionner au fil des albums, Hergé et son studio inventent la bande dessinée moderne tout au long de sa carrière en fixant des standards encore dominants aujourd’hui. À l’aide de ses collaborateurs, comme E.P. Jacobs, Jacques Martin, Bob De Moor ou Roger Leloup, il affinera son trait et sa manière de synthétiser les éléments de son dessin pour créer ce style si particulier, entre recherche esthétique et ergonomique, que le dessinateur Joost Swarte baptisa « ligne claire ». Une approche d’optimisation du langage graphique qui lui permettra d’être traduite et lue dans le monde entier.

Une entrée en matière que vous pouvez compléter avec les très bons ouvrages de Benoît Peeters Hergé, fils de Tintin et Hergé intime de Benoît Mouchart et François Rivière.

🚧 Toute la série est conseillée mais il est possible d’attaquer directement par le Lotus Bleu (les albums précédents étant moins aboutis, il est possible d’y revenir après)

❤️ Nos préférés :
Le Secret de la Licorne
+ Le Trésor de Rackham le rouge,
Les 7 boules de Cristal
+ Le Temple du soleil,
Tintin au Tibet,
Les Bijoux de la Castafiore,…

***

2. SPIROU

Héros à l’univers riche, son évolution reflète l’histoire de la bande dessinée franco-belge dans ses styles et choix scénaristiques qui vont évoluer au fil des dessinateurs. Créé par Rob-Vel et Blanche Dumoulin pour être la mascotte du Journal de Spirou, et le doteront de son costume voyant et de son fidèle Spip. Le personnage sera rapidement confié à Jijé qui va lui donner un statut de personnage de série en plus de son rôle d’icône du journal. Mais ce sera à l’arrivée d’André Franquin sur la série qui marquera un vrai tournant et son entrée dans la légende.
Trois grandes périodes sont marquantes pour la série & pour nous lecteurs. Les albums dessinés par Franquin entre 1947 et 1969, qui donnèrent tous leurs charmes aux personnages, ont introduit la mythologie qui fait le succès de la série. Du Comte de Champigniac à Zorglub, du Marsupilami au design de la Turbotraction, on ne compte plus les trouvailles géniales du dessinateur vedette de Dupuis. Ça plus des planches très marquantes à un niveau de dessin expressif et vivant rarement égalé, encore aujourd’hui.

Puis la période moderne avec Tome & Janry où les auteurs ont réussi à introduire un humour très présent et des problématiques contemporaines en restant fidèles à l’esprit de la série, un coup de maître même si les derniers albums n’ont pas fait l’unanimité.

Enfin les “Spirou de…”, et en particulier le travail d’Émile Bravo sur le Jounal d’un ingénu puis sur sa suite Spirou l’espoir malgré tout qui a incarné la jeunesse du personnage avec grâce, humour et talent, redonnant vie à une série qui échappait un peu à ses lecteurs.

🚧 Toute la série n’est pas conseillée, avec les changements d’auteurs et de directions éditoriales il y a eu quelques ratés. On conseille donc de commencer par les albums de Franquin puis de continuer sur ceux de Tome & Janry avant de passer au auteurs actuels Fabien Vehlmann & Yoann en passant par quelques hors-séries.

❤️ Nos préférés :
QRN sur Bretzelburg,
Le Nid des Marsupilamis,
Z comme Zorglub,
La Vallée des Bannis,
Le Rayon noir,
Luna Fatale,
Journal d’un ingénu,…

***

3. LUCKY LUKE

« L’homme qui tire plus vite que son ombre » rien que cette trouvaille vaut le détour. Avec Astérix, Lucky Luke est probablement la série la plus populaire et la plus intergénérationnelle de la BD Franco-Belge. Son humour et ses personnages sont gravés dans l’imaginaire et sont identifiables entre tous.
Ce sont les albums que j’ai le plus lus et relus. Avant de connaître le nom des auteurs et leurs histoires, je distinguais déjà les bons et les mauvais albums en faisant des piles et je relisais sans fin les livres de la “bonne pile”. Ces aventures à la fois exotiques & familières, délirantes & instructives. Difficile d’y résister même si l’on n’est pas un grand lecteur de bande dessinée. Grand ami de Franquin, Morris crée son héros solitaire au moment où l’auteur de Gaston est une star, et les deux auteurs vont rivaliser de créativité & de virtuosité dans leurs travaux. Le personnage de Lucky Luke est l’un de ceux qui évoluent le plus au fil des albums et dont l’expérimentation est la plus visible. Il a fallu quelques années pour que l’image du plus célèbre cow-boy soit celle que l’on connaît, un travail graphique très orienté vers le cartoon au départ qui s’est peu à peu dégagé de ses influences américaines pour trouver son ton juste.  
Ce sera aussi avec l’arrivée de René Goscinny avec Des rails sur la prairie que les personnages et l’univers vont trouver leur rythme de croisière. Des histoires complètes, inspirées de faits réels, un humour sans limites avec un héros qui sifflote enfin sa chanson au soleil couchant. Avec le scénariste d’Astérix, les albums de Lucky Luke ont désormais la bonne idée d’être très drôles, mais également de proposer une histoire solide et pleine de références. Aucune bande dessinée n’a encore égalé ce cocktail génial de divertissement et de plaisir intellectuel, servi par un dessin toujours plein d’audaces. Utilisation des couleurs et du noir & blanc incroyable, caricatures hilarantes au milieu de paysages magnifiques et décors parfaits, obsessions géométriques…
Ensemble, ils vont créer des long métrages mémorables, La Ballade des Dalton en 1978 & Daisy Town en 1983. Là aussi réussite sur tous les plans, c’est drôle, c’est beau. Inventions nouvelles, trouvailles géniales, la disparition prématurée de Goscinny et la fin des Studios Idéfix a probablement empêché la naissance d’un cinéma d’animation exceptionnel.

L’héritage de Morris est immense pour les dessinateurs et certains albums sont intemporels tant ils apparaissent nouveaux et réussis à chaque relecture. Malheureusement, la série a eu des hauts et des bas selon les scénaristes qui ont accompagné Morris après le décès de Goscinny. Certains réussis et d’autres qui apparaissent comme des contrefaçons tellement l’esprit paraît loin : ces tentatives ont un peu échaudé certains lecteurs. De même, pour les repreneurs de la série après la mort de l’auteur en 2001 avec des épisodes en dessous, qui malgré tout restent dans le top des ventes à chaque nouvelle livraison.
La série arrive presque aux 100 albums, un chiffre hallucinant pour les 70 ans du personnage quand on sait que la majorité ont été dessinés par Morris sur presque 6 décennies. Une cinquantaine d’albums avec son grand complice, d’autres réussis, vous avez pas mal de trésors à relire régulièrement. La bonne nouvelle est que, comme Spirou, la série s’ouvre à des one-shot réalisés par des créateurs avec leurs styles et visions du personnage. Si celle de Matthieu Bonhomme L’Homme qui tua Lucky Luke, est belle et réussie, celle de Guillaume Bouzard Jolly Jumper ne répond plus est une pépite et compte désormais parmi mes albums préférés (et vous l’avez compris, ce n’était pas gagné !)

🚧 Toute la série n’est pas conseillée, plusieurs scénaristes invités n’ont pas réussi à être à la hauteur… On conseille fortement la période des albums scénarisé par Goscinny qui ont fait la réputation (très méritée) de la série.
Mais aussi les reprises récentes et très belles de Mathieu Bonhomme et surtout Guillaume Bouzard (voir notre coup de cœur ici)

❤️ Nos préférés :
Le Klondike,
Les Collines noires,
Lucky Luke contre Joss Jamon,

Billy the Kid,
Des barbelés sur la prairie,
La Diligence,
Chasseur de primes

***

4. ASTÉRIX

Vous l’attendiez avec impatience, Astérix le héros aux albums les plus vendus en France et la bande dessinée européenne la plus vendue au monde. 365 millions d’exemplaires écoulés, selon l’éditeur, pour cette série célèbre pour ses irréductibles Gaulois.

C’est le premier album que j’ai acheté avec mes sous, on m’en avait offert quelques-uns, mais au moment de dépenser pour la première fois mon argent de poche, j’ai pris Obélix et Compagnie. Un peu ironique quand j’ai découvert que l’argent était au cœur de la thématique de l’album.

Entre les albums, le long métrage Les Douze Travaux d’Astérix et les dessins animés qui ont suivi. Et encore plus récemment les films en prise de vue réelle et l’énorme succès (mérité) de Mission Cléopâtre d’Alain Chabat ou encore les animations 3D d’Alexandre Astier & Louis Clichy qui ont fait sauté le box-office. Difficile de trouver une personne qui ne connaîtrait pas ces moustachus accros à la potion magique.

Albert Uderzo et René Goscinny ont mis en place un univers à la fois profond et facile à aborder, une galerie de personnages tellement réussies que même les seconds rôles sont mémorables. Entre caricatures réussies, parodies, jeux avec l’Histoire, running gag et private jokes, en quelques volumes les auteurs ont mis en place un monde cohérent, profond et délirant. Après seulement trois albums et la pré-publication de chaque nouvelle aventure dans le journal Pilote, le phénomène est lancé. Avec Astérix et Cléopâtre, 5e album, le tirage passe les 100 000 exemplaires, la popularité du titre grimpe en flèche, et les auteurs s’intéressent à leur époque pour bâtir leurs intrigues. Réflexion sociologique ou caricatures régionales, sujets d’actualité ou plaisir d’un bon mot, les albums s’enchaînent sans jamais se répéter. 

D’Oumpah-Pah, ancêtre jovial d’Astérix à Tanguy et Laverdure (avec Jean-Michel Charlier) et son graphisme plus réaliste, Albert Uderzo est un des grands dessinateurs du mouvement. Représentant du style semi-réaliste « gros nez », il s’est approprié les codes de la BD belge pour mieux les réinventer offrant aux lecteurs occasionnels un point d’entrée agréable qui cache une technique redoutable & virtuose pour l’œil du lecteur.

Quand il crée les aventures de ces Gaulois rebelles, René Goscinny est un scénariste reconnu et un patron de presse influent. Il sera le premier à revendiquer le statut de scénariste et son exemplarité fera sortir de l’ombre bon nombre de scénaristes qui n’étaient alors pas crédités par habitude sur les albums. Il multipliera les séries mémorables, entre humour, érudition et poésie des Dingodossiers avec Marcel Gotlib au Petit Nicolas avec Sempé. Il écrira des scénarios de longs métrages autour de ses personnages fétiches, des scénarios de films, des sketchs pour la télévision, des livres d’humour… Considéré encore aujourd’hui comme le scénariste le plus doué de ce médium, René Goscinny nous offre des histoires parmi les plus mémorables du genre et des dialogues indémodables.

Après quelques albums ratés réalisés seul par Albert Uderzo et son studio, celui-ci passe la main à un duo nouveau Conrad & Jean-Yves Ferry qui assurent depuis 2013 la conception des nouveaux albums sous l’œil du vieux dessinateur. Si on sent quelques idées nouvelles, les livres ne parviennent pas à s’émanciper de leurs créateurs d’origine et les trois albums parus n’apportent rien de nouveau : ils n’ont pas l’audace et le charme du travail des repreneurs sur Lucky Luke ou Spirou. Albert Uderzo a indiqué qu’il souhaitait que la série s’arrête avec lui, ce n’est peut-être pas plus mal si les reprises ne font que suivre un cahier des charges trop lourd. 

🚧 Toute la série est conseillée, jusqu’à l’album Le Grand Fossé qui est le dernier scénario de Goscinny (même s’il n’est plus indiqué comme scénariste) : les intrigues sont un peu plus faibles et convenues après celui-là.
La reprise par Conrad & Ferry est intéressante mais pour le moment reste trop formatée à notre avis. Le tout dernier la Transitalique est vraiment décevant par contre.

❤️ Spéciale dédicace à Mission Cléopâtre d’Alain Chabat, ce n’est pas une BD mais l’esprit de la série est là, l’hommage le plus réussi.

***

5. BLAKE ET MORTIMER

C’est la série que j’ai mis le plus longtemps à lire. Les albums me tombaient des mains plus jeune malgré mes tentatives multiples avec le Mystère de la Grande Pyramide. Trop de texte, trop alambiqué et sans les respirations de mes Tintin, je laissais tomber. Mais adulte, je me mis à les redécouvrir et les dévorer.

Il démarre par un album qui ne fera pas partie de la série mais dont on retrouve toutes les bases, Le Rayon U en 1943. Devenu assistant d’Hergé, Edgar Jacobs développe sa propre série de science-fiction après avoir modernisé les décors de Tintin et insufflé un esprit plus contemporain. Il attaque ensuite Le Secret de l’Espadon dans le Journal de Tintin, premier volume de la série. Jouant sur les mêmes codes du héros amateur en prise avec une géopolitique imaginaire, en miroir de son époque, il invente une version moderne de Sherlock Holmes et John Watson. Mais contrairement à Hergé, il dote la série d’un méchant emblématique (pensez à Moriarty) et d’enjeux importants dès le premier album de la série ce qui lui permet de capter un large public. Suite à la pré-publication dans Tintin, les personnages féminins présents dans le Le Rayon U disparaissent et l’histoire s’éloigne du format feuilleton inspiré des comics d’Alex Raymond ou Milton Caniff.
Ces espions anglais très chics et flegmatiques comme ils se doit vont s’épaissir au fil des albums et s’imposer comme des incontournables. Les planches très travaillées ont pour elles l’héritage de l’école Hergé, mais Jacobs sera plus audacieux sur le découpage, les cadrages et travaillera énormément ses univers.

La série est relancée avec un grand succès public en 1996 par Jean Van Hamme et Ted Benoit relançant à la fois la série mais aussi le point de départ d’une nouvelle pratique éditoriale très suivie : confier la reprise de ses séries historiques à de nouveaux auteurs.

Souvent raillé pour la taille démesurée des pavés de textes & dialogues qui font le sel des albums, cette série s’apprivoise au fil du temps pour devenir un compagnon indispensable de sa bibliothèque.

🚧 Toute la série est conseillée, jusqu’à L’Affaire Francis Blake, première reprise par Jean Van Hamme & Ted Benoit qui arrivent à garder l’esprit de la série avec un œil neuf. Malheureusement les suites ne seront pas au niveau, et on est un peu déçu.

❤️ Nos préférés :
La Marque jaune,
L’Énigme de l’Atlantide,
L’Affaire du collier,
Les 3 Formules du professeur Satō
,…

***

6. ACHILLE TALON

Si l’on parlait de dialogues à rallonges et de textes démesurés plus haut avec Blake et Mortimer, que dire des joutes verbales de la famille Talon ! Scénariste de talent (dans tous les genres possibles), mais surtout caricaturiste de haut vol, Greg a créé l’anti-héros par excellence, capable de disputer ce podium avec Gaston. La proximité avec Franquin est grande puisque Greg collabore avec lui sur Spirou et son Achille Talon peut être vu comme le miroir inversé de Spirou : on y vit le même type d’aventure, dans un univers proche, mais avec des personnages qui ne sont pas du tout des héros et dont le discours tourne en ridicule les archétypes habituels. Rédacteur en chef visionnaire, scénariste prolifique, il fût sollicité par Hergé pour écrire le scénario d’un album de Tintin, le Thermozéro. Et on gardera aussi en mémoire ses séries d’actions, western et SF : Comanche et Bernard Prince avec Hermann ou Luc Orient en plus de sa veine comique sans égale.
À la différence de nombreuses séries, il est conseillée de ne pas tout lire à la suite pour ne pas risquer l’overdose, l’humour reposant sur la répétition, l’exagération & la démesure de Talon et son entourage.

🚧 Toute la série est conseillée jusqu’au T41, certains recueils d’histoires courtes et de gags sont parfois inégaux mais dans l’ensemble c’est très bon.
Mais une nouvelle série intitulée Les impétueuses tribulations d’Achille Talon par Fabcaro & Serge Carrère relance le personnage avec bon gout.

❤️ Nos préférés :
Achille Talon aggrave son cas !,
Le Roi des Zôtres,
L’Esprit d’Éloi,
L’Archipel de Sanzunron,
(
😬 tous les gags avec Vincent Pourcent) …

***

7. LES TUNIQUES BLEUES

Proches parents de Lucky Luke, les aventures du Sergent Chesterfield et du Caporal Blutch nous font vivre une histoire de l’Amérique à travers son conflit emblématique : la guerre de Sécession. Initié par Louis Salvérius aux côtés du scénariste Raoul Cauvin sous forme d’histoires courtes, le dessinateur Lambil reprend la suite à la mort de ce dernier et va axer les scénarios vers plus de réalisme ou de profondeur (tout en conservant le dessin « gros nez » de Salvérius avec toutefois une attention réaliste sur les décors et certains personnages historiques.) Partant souvent d’une anecdote ou d’un personnage authentique, les auteurs nous entraînent avec humour dans une suite de gag et d’aventures aux accents antimilitaristes. Au fil de la série chaque personnage s’étoffe créant une galerie de très bons seconds rôles récurrents qui enrichissent chaque album et constituent le fil rouge de cette saga.


🚧 Difficile de conseiller ou non toute la série tant elle regorge de pépites ou d’albums un peu moins bien. À vous d’explorer, on vous propose quand même nos préférés (en précisant que tous les albums se lisent de manière indépendante avec un second niveau de lecture où on comprend les relations entre les personnages quand on lit la série dans la continuité.)

❤️ Nos préférés :
La Prison de Robertsonville,
Des Bleus en noir et blanc,
El Padre,
Blue rétro,
Les Bleus en folie,
Drummer boy,
Quantrill
, …

***

8. CORTO MALTESE

Certainement l’une des séries les plus incroyables et les plus difficiles à conseiller de la bande dessinée franco-belge. Insatiable voyageur et grand érudit Hugo Pratt a créé un personnage qui est devenu légendaire dès sa première aventure en 1967 : La Ballade de la mer salée. Un album qui s’ouvre avec l’un des plus beaux monologues du 9e art, et qui comporte plusieurs niveaux de lecture : chaque personnage, de Corto à Raspoutine en passant par Pandora ou Le Moine, semble avoir eu plusieurs vies avant que l’album commence. Ce sera la force des récits de Pratt de savoir suggérer plutôt que montrer. D’inviter le lecteur à imaginer, en place de lui livrer une intrigue trop bien ficelée. Et ce, en plus de son trait magnifique, mais on y reviendra dans la chronique : le coup de cœur en intégralité.

🚧 Toute la série est fortement conseillée, avec son flot d’histoires courtes au milieu de grands récits.
Mais également la reprise par Juan Díaz Canales et Ruben Pellejero au T13 est assez réussie. (On a pas encore lu le T14)

❤️ Nos préférés :
La Ballade de la mer salée,
Les Celtiques,
Corto Maltese en Sibérie,
Fable de Venise,
Tango,
,…

***

9. VALÉRIAN ET LAURELINE

Je n’ai plus trop de souvenirs de mes premières lectures de Valérian et Laureline, mais je me rappelle très bien avoir reconnu le taxi dans le Cinquième Élément de Luc Besson au ciné. Œuvre fondatrice de la science-fiction française, son scénariste Pierre Christin en est un grand lecteur. Popularisant le genre du space opera à la même époque que les débuts de Star Trek, et peu après le Barbarella de Forest. D’ailleurs Laureline s’imposera comme la véritable héroïne de la série, devant un Valérian très suiveur et « service-service » assumé dans un des dialogues mémorables.

Après quelques albums où les auteurs avançaient à tâtons, le véritable envol se fera autour d’un péril cosmique & d’une série d’aventures connectées. Les deux agents seront sollicités pour sauver la Terre ou l’univers, que ce soit à la rencontre de races millénaires ou en mission à Paris. Au passé ou au présent, les deux agents spatio-temporels nous proposent de découvrir un bestiaire incroyable & une profusion de mondes étonnants.

Jean-Claude Mézières a un don pour inventer des engins, des créatures ou des décors fantastiques. Et ce n’est pas un hasard si vous retrouvez des similitudes entre la série et la saga Star Wars de Georges Lucas. Son style a vite évolué, se cherchant dans les premiers albums pour trouver sa forme lisible et détaillée, dépouillé du superflu, mais riche d’inventions.

Les auteurs clôturent la série avec une dernière aventure L’Ouvre Temps en 2010 et Souvenirs de futurs, un livre qui revient sur la série à travers les souvenirs des personnages, des planches commentées et des inédits comme la rencontre des deux personnages.

Deux albums « Valérian vu par… » sont sortis par Larcenet puis Mathieu Lauffray & Wilfrid Lupano. Ils s’emparent chacun à leur manière de l’univers et donnent deux expériences très différentes, en restant dans un hommage sous forme de pastiche, de clins d’œil piquants. Assez difficile de les lire sans bien connaître la série. Dans tous les cas, vous avez rendez-vous avec les Shingouz !

🚧 Tous les albums sont conseillés ici, même si les deux premiers ne sont pas vraiment dans la continuité, et que c’est à partir de Bienvenue sur Alflolol que la saga prend toute sa cohérence.

❤️ Nos préférés :
Bienvenue sur Alflolol,
Les Oiseaux du Maître,
L’Ambassadeur des Ombres,
Métro Châtelet direction Cassiopée & Brooklyn station terminus cosmos,
Sur les frontières,
Les Cercles du pouvoir
,…

***

10. THORGAL

Pour mes 12 ans, mon voisin m’offre le dernier album d’une série que je ne connais pas. J’ai entre les mains Géants, 22e tome de Thorgal qui ne ressemble à rien de ce que j’ai pu lire avant. Je me précipite sur La Magicienne trahie et j’enchaine assez vite la série content de ma découverte.

Jean Van Hamme & Grzegorz Rosiński vont mêler série d’inspiration historique, fantastique et SF dans une série centrée sur la quête de soi. Bien que Thorgal soit aimé ou maudit des dieux, qu’il soit un héros par son courage, ses choix et ses aptitudes toute son énergie se concentre sur vivre en paix et protéger sa famille. Un angle assez étonnant dans la vague fantastique des années 1970 mais qui a sorti la série du lot et lui a permis de traverser les décennies sans paraître démodée.  

Version mélancolique d’Ulysse, les dieux s’amuseront à le balader de lieux en lieux, loin d’Aaricia plus énergique que Pénélope et lui donnant une Circé en la personne de Kriss. Les comparaisons sont nombreuses pour ce viking adopté, fils des étoiles qui va vivre mille aventures en espérant rentrer. Autre particularité, les personnages vieillissent, les enfants naissent et grandissent, il y a un rapport au temps très fort dans cette saga nordique.

Reconnaissables à leurs couvertures peintes, à la gouache puis à la peinture à l’huile, ces albums très graphiques se détachaient sur les tables des librairies. À l’intérieur, des planches au style réaliste, à l’encrage très travaillé et aux jeux clair-obscurs réussis. Le travail sur le mouvement, sur les matières fait l’objet d’une grande attention dans son travail. Un dessin réaliste qui sait passer du côté de l’abstrait, trouver des solutions graphiques pour représenter ce qui est hors du monde. Le dessinateur est un grand expérimentateur, il ne cessera de changer de techniques, du très pictural et théâtral La Vengeance du comte Skarbek au dernier Thorgal en date tout en couleurs directe (avec Yves Sente) ; en passant par Western (avec Van Hamme) où le dessinateur avait expérimenté les lavis et la couleur directe, les peintures en double pages et modifié sa manière dessiner.

Le duo s’est essayé à plusieurs one-shots réussis en plus de leur série, Western donc mais surtout la fable tolkienienne du Grand Pouvoir du Chninkel et son conte des origines noires et philosophiques.

En 2006, Jean Van Hamme passe la main à Yves Sente sur la série, qui en profite pour lancer plusieurs séries dérivées regroupées sous le titre Les Mondes de Thorgal. Et en 2018, Grzegorz Rosiński arrête à son tour laissant Fred Vignaux dessiner la prochaine aventure sur un scénario de Yann. Je ne vous conseille pas ces spin-off qui n’apportent pas grand-chose à la série et qui sont un peu creux. Lisez ou relisez la saga du T1 à 23 pour n’en garder que le meilleur et lisez les one-shot évoqués plus haut si vous en voulez plus.

🚧 Toute la série est conseillée jusqu’au T23 La Cage, après on sent que les auteurs ont fait le tour du personnage et on est un peu déçu. D’ailleurs le scénariste Jean Van Hamme passe la main quelques albums plus tard à Yves Sente mais la série régulière et les spin-off ne sont pas au niveau malgré les qualités graphiques des dessinateurs.

❤️ Nos préférés :
La Chute de Brek Zarith,
Les Archers,
Le cycle de Tanatloc (Le Pays Qâ, Les Yeux de Tanatloc, La Cité du dieu perdu
& Entre terre et lumière),
Le Maître des montagnes,
Géants

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Illustration principale : © Hergé / Casterman

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