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Notre œil sur les sorties

BD : les sorties de la rentrée qu’il ne fallait pas rater

Publié le 03 décembre 2019 par Thomas Mourier

Séance de rattrapage des plus belles sorties de septembre & octobre 2019. SF, récit de vie ou biographies, ces albums proposent une vision du monde qui mérite une place dans votre bibliothèque.

Difficile de s’y retrouver en septembre. La rentrée en librairie : ce sont des centaines de sorties concentrées en quelques semaines. Avec la plupart des gros tirages de l’année, à l’image du nouvel Astérix tiré à 5 millions d’exemplaires. Au milieu de cette vague, on avait envie de s’attarder sur quelques beaux titres à ne pas laisser filer.

📰 Sommaire

1. Mes conseils
Penss et les plis du monde de Jérémie Moreau, Delcourt 
Préférences Système d’Ugo Bienvenu, Denoël Graphic 
Nagasaki d’Agnes Hostache, Le Lézard Noir 
Le Roi des bourdons de David De Thuin, Glénat
2. Autour de la BD
Uderzo l’irréductible Entretiens avec Albert Uderzo de Numa Sadoul, Hachette
Mes Moires, Un pont sur les étoiles de Jean-Pierre Dionnet et Christophe Quillien, Hors Collection
Yves Chaland, une vie en dessins de Jean-Christophe Ogier, Champaka

3. Les autres nouveautés que vous devriez regarder

1. Mes conseils

Les 4 titres incontournables de cette rentrée qui vous ont peut-être échappé.

Penss et les plis du monde de Jérémie Moreau, Delcourt

Penss et les plis du monde de Jérémie Moreau, Delcourt

Après le très remarqué, La Saga de Grimr (prix du meilleur album au Festival International de la BD d’Angoulême. Lire le coup de coeur. ) Jérémie Moreau poursuit son exploration de figures solitaires au milieu d’une nature vivante.

Au temps des premiers hommes, un jeune homme va vivre une expérience traumatisante et partir à contre-courant de la société de chasseur-cueilleur auquel il appartient. Rêveur plutôt que chasseur, il s’intéresse à la nature et ses transformations. Ses intuitions le poussent à travailler la terre, à observer les changements à l’œuvre derrière ses actions. Le dessinateur en fait le premier cultivateur, ou au moins le premier sédentaire, au cœur de micro-sociétés nomades. Une histoire qu’il mêle avec le cycle de la vie et de la mort, un parallèle franc et perspicace des similitudes entre l’homme et la nature.

Inspiré d’un cours de Gilles Deleuze sur Leibniz & le pli, le dessinateur s’empare de cette thématique pour y placer les siennes. Face à cette compréhension presque mystique de l’univers, son personnage fait figure de surdoué incompris. On retrouve également l’attachement fort à la transmission et à l’initiation qui traverse ses livres précédents depuis Max Winson.

Sa manière de mettre en scène le récit évoque certains traits du manga auxquels Jérémie Moreau emprunte ce rythme si particulier. Une fragmentation du temps qui permet de suivre les pensées du personnage autant que ses actes. Une manière de dessiner qu’il complète par une composition originales des pages où plusieurs événements semblent se passer en même temps. Le dessin est toujours aussi virtuose avec ses aquarelles lumineuses donnant la part belle à la nature.

Ce livre évoque aussi bien Jean Giono dans l’écriture de cette Terre vivante et ses humeurs que les mangas d’Hokusai dans la manière de retranscrire le réel avec une vision poétique.
Très belle déclaration d’amour aux mystères ordinaires, à la beauté presque oubliée dans notre quotidien de cette nature qui change ou de la magie de l’apparition d’une vie humaine.

Préférences Système d’Ugo Bienvenu, Denoël Graphic

Préférences Système d’Ugo Bienvenu, Denoël Graphic

Derrière sa couverture avec son robot enceint d’une petite fille dans un décor bucolique de ferme en ruine, ce livre est l’un des plus beaux de cette fin d’année. Jeune dessinateur et animateur Ugo Bienvenu s’est imposé en quelques livres comme l’une des voix les plus intéressantes en termes de SF et d’anticipation. Après plusieurs clips remarqués, un travail sur le personnage d’Ant-Man avec Kevin Manach pour Marvel, il se lance dans la bande dessinée avec une adaptation de Sukkwan Island à partir du roman de David Vann. Mais c’est avec Paiement accepté qu’il commence à développer son univers propre, à la fois graphiquement et dans les thèmes abordés. Une vision du monde qui s’inscrit dans l’anticipation, une veine de la science-fiction qui s’intéresse au futur de notre société et essaie de tirer des fils de situations déjà amorcées.

Dans les deux premier volets de sa trilogie informelle, Paiement accepté et Préférences Système, il s’intéresse à l’art et la Culture. À la création et à sa place dans ce futur pas si lointain où tous les outils, appareils ou réseaux nous engagent à créer et publier (textes, photos, vidéos…) sans modération. Entre un épisode de Black Mirror et 1984, le destin des personnages dans Préférences Système met en scène une société qui ne peut plus assurer le stockage des données et doit faire des choix pour libérer de l’espace. Choisir entre les vidéos de vacances d’une influenceuse sur Instagram et les œuvres complètes de Rimbaud ; entre les dernières pubs playmobil et 2001 l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. Il faut bien sacrifier celui qui est moins vu par le public…

Le dessinateur joue avec les oppositions entre mémoire et archives, entre poésie et décisions morales pour illustrer les censures déjà à l’œuvre. On pense à Apple ou Netflix qui censurent des morceaux d’œuvres en toute discrétion, ou à Facebook qui fait de même avec des sculptures ou des peintures sous prétexte de nudité… Derrière ces exemples récents, la liste est longue.

Employé à effacer ces chefs-d’œuvre oubliés, Yves décide d’en sauver et de les stocker illégalement dans la mémoire de Mikki, son robot de compagnie. Un robot qui porte aussi son enfant, dans une société où la GPA (gestation pour autrui) semble être une solution habituelle. Mikki, va être à la fois dépositaire de cette culture en péril et de la jeune fille.

Comme tout le reste, les robots peuvent être un atout ou une menace. À l’image de toute la technologie, semblent souligner les héros de cette dystopie qui se termine au cœur d’une nature retrouvée. Peut-être que les robots ne seront ni les fossoyeurs de l’humanité à la Terminator, ni nos sauveurs comme dans les histoires d’Isaac Asimov. Ils sont seulement un reflet de nos sociétés.

Si le propos est fort, c’est surtout le dessin d’Ugo Bienvenu qui accroche le regard quand on approche le livre. Une esthétique à la fois très moderne qui conserve un je ne sais quoi de volontairement suranné. Le contraste entre l’hyperréalisme de la nature et le design des objets/vêtements/machines du futur est hypnotique. Tout ce travail, de contraste et d’oppositions réussies, se retrouve cristallisé dans cette image de robot épuré promenant son bébé au milieu des bois.

Préférences Système est une histoire très forte sur la transmission. Culturelle, mais aussi parentale, ce livre s’interroge sur l’avenir qu’on laisse aux nouvelles générations, à ses propres enfants. Sur l’importance de l’art et des idées dans l’éducation, dans les choix et les moyens qu’on peut mettre à leur disposition.

Avec cette fable sur la destruction des œuvres patrimoniales, Ugo Bienvenu questionne notre rapport à la morale, à la mémoire ou à la Culture dans un monde déjà saturé par les réseaux sociaux. Une mise en situation d’un paradoxe bien présent : nous n’avons jamais eu autant de temps de loisir ou d’outils pour profiter des œuvres & en créer. Et pourtant tout le monde, ou presque, se plaint du manque de temps pour ces activités…

Nagasaki d’Agnès Hostache, Le Lézard Noir

Nagasaki d’Agnès Hostache, Le Lézard Noir

Un conte moderne. En découvrant ce livre, je me suis rendu compte que cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de fable se déroulant à notre époque. Une fiction qui en dit long sur nous et notre temps sans jamais l’annoncer directement. Une histoire intime réinterprétée en image par Agnes Hostache inspiré d’un roman d’Éric Faye (récompensé par le Grand prix du roman de l’Académie française) lui-même inspiré d’un fait divers au Japon.

Deux personnes vivent dans la même maison sans se croiser. Une femme a élu domicile dans l’appartement d’un salaryman pendant que celui-ci est au travail. Discrète, elle vit dans les interstices et s’accorde le temps de profiter de la maison quelques heures avant le retour de son occupant. De son côté l’homme remarque des changements infimes, des objets légèrement déplacés et décide d’installer une webcam pour surveiller son appartement. Se livrant ainsi à un choix cornélien, entre peur et regrets.

La dessinatrice fait le choix de la peinture et de l’économie pour représenter une vision très japonisante entre tradition et modernité. Avec une grande attention aux objets et aux décors qui sont le cœur de la bande dessinée, l’ensemble donne une impression de sérénité. Un procédé habile qui lui permet de montrer le moins possible les personnages, reprenant ainsi graphiquement le thème central du livre. Les deux protagonistes traversent l’espace et les cases plus qu’ils ne les habitent, et le lecteur les aperçoit du coin de l’œil comme les occupants discrets des lieux. Comme l’homme, on doute de l’existence de ces habitants furtifs.

Première création en bande dessinée pour l’éditeur de manga Le Lézard Noir, ce premier livre de l’illustratrice Agnes Hostache est une réussite. Une belle adaptation qui use des codes de la bande dessinée pour susciter l’émotion, un titre poétique et touchant qui mérite qu’on s’y penche un peu plus qu’un instant.

Nagasaki d’Agnes Hostache, Le Lézard Noir
© Agnes Hostache, Le Lézard Noir

Le Roi des bourdons de David De Thuin, Glénat

Le Roi des bourdons de David De Thuin, Glénat

À l’origine une série de six fascicules parus à compte d’auteur que David De Thuin publia entre 2005-2007. Presque quinze ans plus tard, la revoilà dans une nouvelle édition augmentée et surtout une fin alternative.

Ce livre assez touchant a le double intérêt de parler de super-héros (et leurs problèmes), mais aussi du milieu de la bande dessinée (et de ses problèmes.) Récit à plusieurs niveaux de lecture, cette aventure qui se présente de manière amusante se révèle bien plus sombre qu’au premier abord. On suit l’histoire de Zola un aspirant auteur de BD qui travaille dans l’édition et tente de placer ses premières créations. À travers lui, nous allons découvrir les rouages de l’édition, du magazine aux gros éditeurs en passant par les indépendants et les librairies. Engagé pour être l’assistant de l’assistant sur une série commerciale, passionné par son propre projet de BD sur un super-héros local, Zola va nous faire vivre les étapes marquantes d’un jeune auteur. 

Mais pas n’importe quel jeune auteur, un jeune auteur qui se révèle être le Roi des bourdons. Un super-héros urbain qui tire ses pouvoirs de la gelée royale, offerte par les bourdons. Sous forme de gélules, cette drogue va passer de super-pouvoir à super-addiction et Zola va, en quelque sorte, devoir se battre contre lui-même pour s’en sortir.

Avec un dessin entre Raymond Macherot et Lewis Trondheim, David De Thuin nous emporte dans un récit très maîtrisé qu’il a redessiné pour l’occasion. Inspiré par l’école de Marcinelle (Jijé, Franquin, Morris, Roba…), il explore les possibilités graphiques de cet héritage à travers ses planches parfois très graphiques ou plus minimalistes. Vous pouvez compléter cette lecture avec Interne, deux carnets qui regroupent des strips quotidiens, des récits courts ou abandonnés où on retrouve son écriture entre humour et acuité. Mais surtout Bumble, un spinoff du Roi des bourdons.

L’originalité de son travail, et dans ce nouveau livre, est de partir de ses figures de super-héros (le Roi des bourdons ou Hyperclébard) pour nous faire rentrer dans un récit intime abordant des thématiques difficiles. C’est très touchant, drôle et inspirant. Déjà une de mes lectures préférées à l’époque, mais avec cette nouvelle fin ce livre à sa double place dans ma bibliothèque idéale.

Le Roi des bourdons de David De Thuin, Glénat
© David De Thuin, Glénat

2. Autour de la BD

Entretiens avec Albert Uderzo de Numa Sadoul, Hachette

Uderzo l’irréductible Entretiens avec Albert Uderzo de Numa Sadoul, Hachette

Au moment de la sortie de La Fille de Vercingétorix, 38e album d’Astérix & Obélix, Hachette propose une version revisitée et augmentée des entretiens de Numa Sadoul avec Albert Uderzo. Une nouvelle édition agrémentée d’archives (dessins, planches et recherches) pour donner à voir certains travaux méconnus d’Albert Uderzo. 

Le dessinateur d’Astérix se livre sur sa grande oeuvre qu’il partage avec son ami, le scénariste René Goscinny. Les origines de cette série, son travail dans Pilote mais également son rapport au succès, à la continuité de la série après les années Goscinny. 

Il évoque ses autres séries Jehan PistoletOumpah-Pah ou Tanguy & Laverdure. Ses premières années, son passage en Belgique, les studios Idéfix & les longs métrages ou encore son expérience en tant que créateur…

Ou encore les albums d’Astérix commentés où le dessinateur convoque souvenirs et anecdotes.

Numa Sadoul questionne le maitre à travers de longs entretiens de plusieurs heures voir plusieurs jours dont il donne à voir un échange franc et intime.  Assez rare en bande dessinée, ce type d’entretien-fleuve donne à voir une autre facette des créateurs qui dépassent les anecdotes connues que l’on peut lire habituellement. Un livre passionnant pour les fans des irréductibles Gaulois, mais aussi pour qui s’intéresse à la création. 

Mes Moires, Un pont sur les étoiles de Jean-Pierre Dionnet et Christophe Quillien, Hors Collection/Yves Chaland, une vie en dessins de Jean-Christophe Ogier, Champaka/Entretiens avec Albert Uderzo de Numa Sadoul, Hachette

Mes Moires, Un pont sur les étoiles de Jean-Pierre Dionnet et Christophe Quillien, Hors Collection

Souvenirs passionnants, pleins de digressions et d’anecdotes sur la bande dessinée, le ciné et le rock. Plein de beaux portraits et de nouvelles idées de lectures.

Yves Chaland, une vie en dessins de Jean-Christophe Ogier, Champaka

Un très beau livre de planches commentées, à feuilleter au minimum si ce n’est plus.
En savoir plus sur Yves Chaland.

Goossens – les Grands Crus classés de Fluide Glacial, Fluide Glacial

Best-of des histoires de Daniel Goossens sélectionnées par la fine fleur de l’humour Fabcaro, Binet, Bouzard, Claire Bouillac, Edika, Emmanuel Reuzé, Tronchet ou encore Benoît Poelvoorde.

3. Les autres nouveautés que vous devriez regarder 

Mon premier rêve en japonais de Camille Royer, Futuropolis

Les Indes fourbes de Alain Ayroles et Juanjo Guarnido, Delcourt 

Les Deux vies de Pénélope de Judith Vanistendael, Le Lombard

Les Couloirs aériens d’Etienne Davodeau, Joub et Christophe Hermenier, Futuropolis

Il était 2 fois Arthur de Nine Antico et Grégoire Carlé, Dupuis 

Le Mort détective de David B., L’Association

Solo de Gilles Rochier, Casterman

Dans le secret des labos de Jean-Yves Duhoo, Dupuis 

Prochain rendez-vous :
les meilleures sorties de novembre-décembre.


Illustration principale © Ugo Bienvenu  / Denoël Graphic

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