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Notre œil sur les sorties

BD : les sorties de juin 2020 qu’il ne fallait pas rater

Publié le 30 juillet 2020 par La rédac' Bubble

Très attendus, voici les albums du mois de juin qui nous ont marqués. Pas mal de nouveautés, surtout des one-shot et quelques séries dans ce qu’il ne fallait surtout pas manquer.

Avec ces 19 titres chroniqués par Rémi I. & Thomas Mourier, impossible de tomber en panne d’idées lectures pour l’été. N’hésitez pas à consulter en complément nos articles Manga et comics dans la rubrique Notre oeil sur les sorties. Et venez en discuter avec nous sur les réseaux : FacebookTwitterInstagram.

Sommaire 📰

Sorties de juin 

🔶 L’ Odyssée d’Hakim T3. De la Macédoine à la France de Fabien Toulmé, Delcourt
🔶 Incroyable ! de Vincent Zabus & Hippolyte, Dargaud
🔶 Les voyages d’Ibn Battûta de Joël Alessandra & Lotfi Akalay, Dupuis
🔶 Baume du tigre de Lucie Quéméner, Delcourt
🔶 Toajêne de Bruno Bozzetto & Grégory Panaccione, Delcourt
🔶 La Juste mesure de Flavia Biondi, Glénat
🔶 J’ai rarement vu ça ! de Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre, 2024
🔶 Knock out ! de Reinhard Kleist, Casterman
🔶 Les petits boloss de Ruppert & Mulot, L’association 
🔶 Rorbuer d’Aurélie Wilmet, Super Loto Éditions
🔶 Les Poupées sanglantes de Benoît Preteseille, Atrabile
🔶 Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien) de Cédric Taling, Rue de l’échiquier
🔶 Géante – Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté de Jean-Christophe Deveney & Núria Tamarit, Delcourt
🔶 Les intrépides d’Andrea Campanella et Anthony Mazza, Ici même
🔶 Eileen Gray – Une maison sous le soleil de Charlotte Malterre-Barthes & Zosia Dzierżawska, Dargaud
🔶 L’Oasis de Simon Hureau, Dargaud
🔶 Le Col de Py de Espé, Bamboo
🔶 3 papas de Nando Von Arb, Misma

Séance de rattrapage 

🔷 Sumographie de David Prudhomme et Sonia Déchamps, Soleil
🔷 Le dernier Atlas T2 de F.Vehlmann, G.de Bonneval, H.Tanquerelle & F.Blanchard, Dupuis 


Sorties de juin 

L’ Odyssée d’Hakim T3. De la Macédoine à la France de Fabien Toulmé, Delcourt

L' Odyssée d'Hakim T3. De la Macédoine à la France de Fabien Toulmé, Delcourt

Fabien Toulmé met un point final à sa grande fresque consacrée au parcours d’un jeune migrant et son fils coincé entre les frontières & les difficultés administratives pour rejoindre sa femme et échapper à sa condition précaire. Une dernière et terrible étape, la plus difficile entre la dangereuse traversée de la méditerranée et les camps de rétention européens. Entre difficultés administratives et survie, les mois passés dans ce transit qui semble sans fin dévoilent toutes les facettes de la nature humaine. 

Si vous aviez manqué le début : dans ce récit au long court, le dessinateur met en image les souvenirs d’Hakim qui raconte son voyage de plus de 3 ans pour échapper au nouveau régime syrien et venir vivre en France avec sa famille. Fabien Toulmé cherche à comprendre comment un jeune entrepreneur possédant une pépinière doit fuir la Syrie de Bachar Al-Assad, fini clandestin au Liban & en Turquie avant de risquer sa vie et celle de son fils pour passer en Europe et finir par vivre en France. Le dessinateur met en scène à la fois les entretiens avec Hakim et son récit, mais aussi les discussions avec d’autres intervenants pour préciser son projet à différentes étapes de l’écriture. Cette démarche lui permet de relater cette histoire unique et à travers elle, de décrire des situations vécues par des de milliers de personnes chaque jour sans analyse politique ou parti-pris intimidant. 

Un choix renforcé par le style graphique de l’auteur assez iconique, proche des notes de blog ou du carnet de voyage où l’accent est mis sur les personnages et la représentation de l’action plutôt que l’illustration. Le dessinateur illustre ses rencontres ou met en scène le souvenir d’Hakim.

Un dernier volume qui clôture cette épopée contemporaine où le héros malgré lui frôle la mort, la prison et doit faire confiance aux autres. Un destin individuel qui en dit beaucoup sur l’humanité et nos sociétés contemporaines. Très émouvant, ce dernier volume est un album à mettre en toutes les mains, pour évoquer avec les plus jeunes, des sujets difficiles comme le racisme, l’exclusion, la guerre, les dictatures ou encore la pauvreté. 

Thomas Mourier 


Incroyable ! de Vincent Zabus & Hippolyte, Dargaud

Incroyable ! de Vincent Zabus & Hippolyte, Dargaud

Après leur très beau livre Les Ombres (réédité chez Dargaud à l’occasion de la sortie de ce nouveau livre), c’est un véritable plaisir de retrouver le duo Vincent Zabus et Hippolyte. Déjà parce que le dessin aux couleurs directes de Hippolyte est toujours un régal, mais aussi parce que Vincent Zabus est un conteur d’exception, à l’esprit vif et qui aime peaufiner les détails.

Dans cette incroyable histoire, on suit Jean-Loup, jeune garçon prodige, un tantinet réservé et envahi par des tocs. Un jour, alors qu’il devait faire un exposé à l’école, il part sans ses fiches… il brode alors en direct un discours de son cru en exposant ses nombreuses connaissances. La classe et la maîtresse sont médusées, au point que cette dernière l’invite à se présenter à un concours. Chose qu’il fait et qui l’amènera vers de nombreuses péripéties !

Plein de poésie, de tendresse et de bienveillance, cette bande dessinée offre un joli moment de bonheur coupé du temps. 

Son ton décalé, tendre et intelligent, sa narration drôle, élégante et enchanteresse nous dirigent toujours vers l’inconnu. Un subtil mélange qui évoque de belles ambiances, images et lectures de Sempé à Amélie Poulain, de Pico Bogue au Petit prince en passant par Le petit Nicolas !

Rémi I.


Les voyages d’Ibn Battûta de Joël Alessandra & Lotfi Akalay, Dupuis

Les voyages d'Ibn Battûta de Joël Alessandra & Lotfi Akalay, Dupuis

Le dessinateur qui s’est fait une spécialité de parcourir le monde carnet de dessin en main, Joël Alessandra s’est associé à l’écrivain marocain Lotfi Akalay pour mettre en image quelques-uns des voyages Ibn Battûta et faire découvrir le monde musulman au XIVe siècle. Disparu récemment, Lotfi Akalay était l’auteur d’une relecture des chroniques du voyageur Ibn Battouta, prince des voyageurs et a contribué à sa redécouverte en occident. Infatigable voyageur doublé d’un talent de conteur qui fera date, l’un des premiers « touristes du monde », Ibn Battûta traversera le monde connu : de l’Afrique à l’Asie, en passant par le sud de l’Europe et le Moyen-Orient pendant plus de 28 ans, réalisant l’un des plus grands périples pour un voyageur qui le range aux côtés des mythiques Marco Polo ou Jean de Mandeville. 

Parti pour un pèlerinage à la Mecque, cet explorateur du 14e siècle proposera un récit de ses voyages mêlant observations géographiques ou sociologiques, anecdotes, contes et description de ses aventures dans la tradition du rihla, un sous-genre du récit de voyage dans la littérature arabe. Des textes soumis à controverse, comme tous ceux des voyageurs cités plus haut, qui questionnent la frontière du réel & de la fiction, du témoignage & de la retranscription. Une série de questions pas si éloignées des problématiques des artistes qui retranscrivent cette histoire. 

Comment mettre en scène la vie d’un autre sans une part de réinvention nécessaire est un défi connu des auteurs et Joël Alessandra & Lotfi Akalay s’y attaquent avec de nouvelles idées. Le dessinateur joue sur des styles de dessins différents quand le récit s’installe dans le récit, quand Ibn Battûta évoque des épisodes particuliers de ses observations. Une alternance renforcée par des inserts de croquis d’observation au milieu des planches, un dispositif qui n’est pas nouveau mais qui résonne particulièrement dans cette histoire au coeur d’un monde où l’image apparaît suspecte voir sacrilège. Un vrai/faux carnet de voyage qui fascine dans sa mise en scène réussie, autant que pour les plantureuses aquarelles et les dessins d’observation qui respirent le vécu. Un beau livre à venir relire entre vos albums des Carnets d’Orient de Jacques Ferrandez et vos recueils des Mille et Une Nuits d’Antoine Galland. 

Thomas Mourier 


Baume du tigre de Lucie Quéméner, Delcourt

Baume du tigre de Lucie Quéméner, Delcourt

À peine diplômée de l’Académie Brassart Delcourt, Lucie Quéméner signe un contrat avec les éditions Delcourt pour sa première bande dessinée professionnelle. Et à peine sorti, l’ouvrage se retrouve récompensé par le premier Prix BD France Culture des étudiants.

Il est vrai que si son trait n’est pas encore totalement mature, sa technique au crayon a déjà une pâte bien prononcée et que les 250 planches de cette bande dessinée en imposent. L’histoire qu’elle nous raconte est en partie la sienne. Celle d’une famille d’immigrés venus de Chine pour travailler en France. Elle dresse ainsi le portrait de trois générations d’une famille et plus particulièrement de trois femmes. 

Au travers de cette tranche de vie dans laquelle les anciennes générations barricadent les jeunes en quête d’indépendance, de liberté et d’émancipation, il se pose de nombreuses questions. On retiendra surtout celles du patriarcat, de la transmission, de l’incompréhension et de la sororité. Entre force et fragilité, c’est l’héritage familial, balancé entre intégration et tradition, qui est mis sur la table.

Rémi I.


Toajêne de Bruno Bozzetto & Grégory Panaccione, Delcourt

Toajêne de Bruno Bozzetto & Grégory Panaccione, Delcourt

Après Minivip & Supervip, le duo d’auteurs nous revient avec une histoire courte, en noir et blanc, aussi maligne, inattendue que drôle qui prend place parmi les microorganismes qui peuplent notre monde. On s’intéresse plus particulièrement à l’un d’entre eux : un microbe qui tombe amoureux et qui va tout faire pour retrouver l’élue de son cœur. Tout cela aura un lien avec l’humanité, mais on ne vous en dit pas plus, ce serait gâcher le plaisir !

Grégory Panaccione est maintenant l’un des auteurs phares des éditions Delcourt. Publiant 1 à 2 livres par an depuis 2002, son rythme impressionne d’autant plus qu’il alterne les genres, les styles, les formats et les traitements narratifs avec un talent insolent. En plus d’être très belle, l’histoire qu’il raconte avec Bruno Bozzetto fait beaucoup rire par son aspect loufoque. Elle surprend également à plusieurs reprises et offre un de ces plaisirs de lecture rares dans lesquels seule l’inconnue nous guide… et c’est pour cela qu’on ne vous en dira pas plus et qu’on vous invite à ce voyage microscopique analeptique !

Rémi I.


La Juste mesure de Flavia Biondi, Glénat

La Juste mesure de Flavia Biondi, Glénat

Flavia Biondi fait partie de la nouvelle génération d’auteurs italiens. Glénat ne s’y est pas trompé, car seulement trois mois après la parution de Les générations, ils proposent son nouveau one-shot. Dans celui-ci, on suit la vie d’un couple de jeunes en recherche de stabilité. L’un, Manuel, souhaite vivre de son art, l’écriture, et publie sur internet un récit qui, il l’espère, pourra le lancer… L’autre, Mia, a un travail qu’elle déteste et souhaite pouvoir enfin s’épanouir dans sa vie professionnelle et personnelle. Car ce couple ne vit pas le grand amour. S’ils étaient très proches auparavant, il est indubitable que le temps les a usés et éloignés. Non pas qu’ils ne s’aiment plus, mais à présent ils vivent plus l’un à côté de l’autre qu’ensemble.

À partir de cette base somme toute classique, Flavia Biondi développe l’histoire d’un couple à la recherche du bonheur. Il y est évidemment question d’amour, mais aussi de choix de vie, d’entrée dans la vie active et du quotidien de jeunes adultes. Ses personnages sont non seulement crédibles, mais leur relation très détaillée fait sens.

Rémi I.


J’ai rarement vu ça ! de Mathieu Lefèvre & Jérémy Piningre, 2024

Le polar on connaît. On a tous nos classiques et nos préférés en tête… mais Mathieu Lefèvre et Jérémy Piningre ont décidé de bousculer les conventions du genre pour dérouler une histoire policière qui commence par des vacances et qui se poursuit dans l’abstraction.

Eh oui, pas de bol pour le détective Gérard Menvussat. Venu prendre du repos dans un hôtel de luxe, il est rattrapé par son métier : un meurtre survient sur son lieu de vacances. Alors forcément, il va mener l’enquête pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé !

Derrière le graphisme autant influencé par la ligne claire que le cartoon, J’ai rarement vu ça ! propose des planches dans lesquelles le blanc a peu de place, si ce n’est en contour. Avec son format à l’italienne et sa mise en page qui ne s’encombre pas de gouttières, on est pris dans cette enquête qui n’a rien de simple et normal.

Et c’est justement là que tout l’intérêt de cet ovni prend vie. À la croisée de l’enquête, du surnaturel et de l’art. Car, en plus d’audaces graphiques, les auteurs arrivent à nous intriguer avec leur histoire tarabiscotée dans laquelle le coupable n’est certainement pas aussi important que le chemin qui nous mène à lui !

Rémi I.


Knock out ! de Reinhard Kleist, Casterman

Knock out ! de Reinhard Kleist, Casterman

Auteur reconnu pour ses œuvres biographiques parues dans la collection Écritures, Reinhard Kleist nous a déjà parlé de Nick Cave, Johnny Cash ou Fidel Castro. Il s’attaque cette fois-ci à une figure plus méconnue, mais non moins intéressante, de l’Amérique d’après-guerre : Emile Griffith.

Son nom n’évoquera certainement pas grand-chose aux non-amateurs de boxe, et pourtant son parcours et son destin en font un passionnant sujet. Né dans les Caraïbes, Emile Griffith a immigré aux États-Unis suite à la Seconde Guerre mondiale. Il y devient modiste, activité qu’il poursuivra toute sa vie. Cependant, sa musculature hors du commun le mènera vers les lumières de la boxe, sport pour lequel il ne se passionnera pas, mais qu’il pratiquera au plus haut niveau. Il deviendra multiple champion du monde dans deux catégories. Mais à cette époque, quand on fait de la boxe alors qu’à côté on travaille dans la mode et qu’en plus on assume totalement son homosexualité, ce n’est pas facile !

Une très belle histoire au dessin impétueux et sombre qui colle parfaitement à l’histoire de cet homme.

Rémi I.


Les petits boloss de Ruppert & Mulot, L’Association 

Les petits boloss de Ruppert & Mulot, L’Association

Ce livre hybride fait lance un pont entre la bande dessinée et l’art contemporain, deux versants désormais indissociables de l’œuvre du duo Ruppert & Mulot. Après plusieurs albums de strips loufoques, gags étranges à l’humour un peu tordu & génial qui ont fait leur renommée : Panier de Singe (prix Révélation au FIBD 2007), Le Tricheur, Irène et les Clochards ou Safari Monseigneur ; ils s’étaient lancés dans des collaborations ambitieuses. La Grande Odalisque avec Bastien Vivès ou Portrait d’un Buveur avec Olivier Schrauwen (lire le coup de cœur) pour les plus réussis. 

En parallèle, ils ont conçu plusieurs expositions ou performances dont on peut voir des traces dans Les petits boloss. Photos & making-of de ces réalisations publiques, mais aussi fausses mises en scènes & comptes rendus fictionnels de ces rendez-vous, les auteurs s’amusent avec leur lecteur. Le monde de l’art et ses artistes a toujours été un sujet de prédilection du duo qui aime à en détourner à la fois les codes et le discours. Cette fois ils s’en amusent dans les stries et dans cette mise en abyme à travers ces photos, coloriages, jeux, cours d’ombres chinoises, anamorphoses, phénakistiscope à monter soi-même (prévoir du bon matériel ou du 2nd degré.) 

Mais également des histoires courtes et strips à l’humour corrosif mettant en scène spectateurs et artistes, mais aussi un Spiderman survolté à la fois artiste de cirque et justicier dessiné tout au feutre, des Elvis ou Lucky Luke à contre-emploi. De leurs récentes collaborations, ils en retirent l’apparition de certains visages dessinés en place de ce V iconique qui matérialisent les faces de tous leurs personnages, mais également de la couleur. Un très bon livre pour découvrir leurs univers.

Thomas Mourier 


Rorbuer d’Aurélie Wilmet, Super Loto Éditions

Rorbuer d’Aurélie Wilmet, Super Loto Éditions

Lors d’une tempête, un marin tombe à l’eau. Les membres de l’équipage du bateau de pêche tentent de le sauver, mais rien n’y fait, ils rentrent les cales pleines, mais le cœur lourd. S’ensuit une succession de rituels lui permettant de se rendre au Tåkeland, la destination finale des âmes terrestres.

Aurélie Wilmet nous propose sa toute première bande dessinée, et pour se jeter dans le bain elle ne choisit pas la facilité. Totalement muette et coloriée au feutre sans encrage préalable, l’exercice était risqué. Il fallait au moins ça pour aborder de manière aussi mystique les rites et coutumes ancestraux du Grand Nord norvégien qu’elle retranscrit avec une incontestable rusticité.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cet ouvrage est dépaysant, désarçonnant. Par sa forme, très colorée, contrastée et envoutante, mais aussi par son traitement, brut, frontal et halluciné. La fin de l’ouvrage propose quelques pistes de lectures qui invitent à une relecture fascinante et ouverte à l’interprétation personnelle. Un voyage ésotérique à l’ambiance glaciale et magnétique.

Rémi I.


 Les Poupées sanglantes de Benoît Preteseille, Atrabile

Les Poupées sanglantes de Benoît Preteseille, Atrabile

Voilà l’histoire étrange d’une femme épiée, d’une poupée de cire et d’une poupée de sang.

Derrière sa couverture interpellante, sa bichromie et ses planches sans cesse mouvantes, c’est une lecture troublante que Benoît Preteseille nous donne à lire. Coutumier du fait, il est une des figures importantes de la scène indépendante de la bande dessinée francophone.

Dans cette bande dessinée, il adapte deux histoires de Gaston Leroux et déroule un récit choral où s’entrechoquent des personnages réels, fantasmés ou tout simplement fabriqués de toute pièce. Un ouvrage qui n’est pas sans rappeler l’histoire de Frankenstein. Il y est question de fascination, d’amour, de beauté, d’idéal et de création. L’ambiance bien particulière y est inquiétante, totalement mystérieuse. 

Les planches font dans l’économie de moyen, mais révèlent d’une grande perspicacité. Le découpage minimaliste et la mise en couleur aux tons de rouges laissent autant de place aux images qu’au texte et au blanc.

Un album rare et inquiétant sur l’art, la déviance et le mythe de Prométhée.

Rémi I.


Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien) de Cédric Taling, Rue de l’échiquier

Comme une bête (ou comment je suis devenu végétarien) de Cédric Taling, Rue de l’échiquier

Remarqué grâce à la publication de Thoreau et moi (on en parlait ici) détaillant sa prise de conscience écologique, l’auteur nous revient avec un récit qui se positionne dans une sorte de continuité. Cette fois-ci, c’est son statut d’humain omnivore qu’il remet en question au travers de son cheminement et de ses interrogations personnelles qui l’ont mené à devenir végétarien.

L’avantage du récit de Cédric Taling, c’est qu’il ne porte pas de jugement hâtif et est écrit par un humain représentatif d’une majorité de ses concitoyens : un individu élevé dans une famille française dans laquelle la viande avait une place indiscutable. Mais, entre automatismes, héritage et culture, notre consommation de la viande est-elle réellement viable ?

C’est un déclic qui le mène à s’interroger sur nos comportements culinaires, nos habitudes et notre aveuglement face à la réalité de l’élevage de masse. Avec un ton léger et humoristique et un dessin sans fioritures, cet album n’a pas pour but d’imposer une quelconque vision ou jugement, mais plutôt d’explorer le sujet et d’entamer une réflexion sur nos modes de consommation. Prêts à vous lancer ?

Rémi I.


Géante – Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté de Jean-Christophe Deveney & Núria Tamarit, Delcourt

Géante - Histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté de Jean-Christophe Deveney & Núria Tamarit, Delcourt

Imposant par son grand et épais format, sa couverture majestueuse et dorée, Géante sait attirer le regard. Tout comme son héroïne, Céleste, géante de son état. Alors qu’elle n’était qu’un bébé, elle a été abandonnée dans la forêt… Heureusement, elle fut recueillie par un couple qui prit soin d’elle. Mais, à l’étroit dans son quotidien, celle qui est maintenant devenue bien plus grande que ses parents adoptifs a décidé de prendre son indépendance et partir explorer le monde seule.

Dans ce beau récit féministe, les auteurs nous racontent une histoire qui a tout autant trait au conte, au voyage initiatique, au récit d’aventures qu’au roman picaresque. À la rencontre de Candide, Gargantua et L’Odysée, il met en images le périple aux nombreux rebondissements dans lequel il développe de très nombreuses thématiques comme la différence, l’amour, la liberté, la misogynie… 

Un conte moderne merveilleux, riche et dépaysant magnifié par dessin d’une généreuse rondeur aux couleurs aquarellées enveloppantes qui charment tout autant que l’histoire.

Rémi I.


Les intrépides d’Andrea Campanella et Anthony Mazza, Ici même

Les intrépides d’Andrea Campanella et Anthony Mazza, Ici même

Dans les années 50, la modeste famille de Luiz, Vera et de leur père Jorge vit à São Paulo. Alors que le quotidien d’après-guerre laissait enfin le temps de reprendre goût à la vie, Jorge est fauché par un train lancé à grande vitesse et leur ami italien passé à tabac. Le quotidien jusque-là paisible et insouciant de Luiz et Vera se retrouve chamboulé. Mais courageux, ils ne se laissent pas abattre par ce qui n’est que le début de leur lutte vers leur vie d’adulte.

C’est sous fond de fin de résistance, de syndicalisme, de lutte de pouvoir, corruption et de relents racistes et nationalistes que se construit leur histoire. Jamais sombre et avec retenue, cette bande dessinée est un hommage flagrant au cinéma néoréaliste italien, à la bande dessinée franco-belge et au Brésil. À la fois très minutieuse et très économe en termes de dialogue et contextualisation, elle est sublimée par un dessin à la ligne claire rehaussée de couleurs chaudes sablonneuses. Les auteurs, respectivement italien et brésilien, ont su créer une œuvre positive et complice. Une belle histoire de famille, d’amitié et de respect qui sent l’authenticité.

Rémi I.


Eileen Gray – Une maison sous le soleil de Charlotte Malterre-Barthes & Zosia Dzierżawska, Dargaud

Eileen Gray - Une maison sous le soleil de Charlotte Malterre-Barthes & Zosia Dzierżawska, Dargaud

Le monde de l’architecture a longtemps été très masculin. Le nom d’Eileen Gray vous évoquera d’ailleurs certainement peu de choses tant celles qui ont su marquer le métier ont peu percé la couche médiatique. Et c’est justement un peu de ça qu’il est question dans cette BD revenant sur la vie de cette femme qui fût l’une des designers et architectes les plus importantes de sa génération.

Sans lorgner vers l’exhaustivité biographique, cet ouvrage retrace rapidement le parcours de l’artiste irlandaise et s’attarde sur l’histoire de sa maison E-1027 dans le sud, une des pièces maîtresses de sa carrière. Au travers de quelques moments volés de son quotidien, le lecteur se fait une idée plus précise de qui est cette femme et de ce qu’elle a accompli.

Bien que bourrée de talent, Eileen Gray vit dans un milieu d’hommes. Libre, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, mais force est de constater qu’elle se fait toujours voler la vedette par eux… Le pompon revenant à Le Corbusier qui ira jusqu’à profaner sa propre création sous prétexte de l’embellir !

Un bel hommage qui invite à en découvrir plus sur cette femme et ses réalisations.

Rémi I.


 L’Oasis de Simon Hureau, Dargaud

L’Oasis de Simon Hureau, Dargaud

Suite à la démission de Nicolas Hulot de son poste de ministre de l’Écologie, Simon Hureau a décidé d’écrire une bande dessinée à la portée de tous, afin de participer à sa hauteur à la sensibilisation au dérèglement climatique, à la chute de biodiversité et tout ce qui tourne autour de l’équilibre de notre biosphère.

Cela fait déjà plus de 20 ans qu’il est auteur de bande dessinée, mais on ne le savait pas si amoureux de la terre et de la vie sous toutes ses formes. Car c’est une véritable déclaration d’amour au vivant qu’il nous fait là. Il revient pour nous sur son départ de la ville pour la campagne, puis sur l’élaboration progressive de son jardin. Partant d’un terrain tout ce qu’il y a de plus commun, il nous détaille de manière claire, pédagogique et passionnée comment il a réussi à obtenir un espace d’une grande biodiversité.

Un bel hommage à la nature splendidement retranscrit en images. Quand on ferme l’ouvrage, on a envie d’aller au contact de la nature, de l’observer, de l’écouter… et de se lancer soi-même dans le jardinage, avec ses moyens, son temps et son envie dans une approche simple, responsable et respectueuse de toute forme de vie.

Rémi I.


Le Col de Py de Espé, Bamboo

Le Col de Py de Espé, Bamboo

Dans la vie il y a des moments de joie évidents, partagés et qui marquent à jamais. La naissance d’un enfant fait sans aucun doute partie de ceux-là. Cependant, parfois, c’est plus compliqué et l’être tant attendu arrive parmi nous avec une maladie mettant en jeu son pronostic vital.

C’est de cela que nous parle Le Col de Py. Au travers de ce one-shot, Espé revient sur sa propre histoire familiale en écrivant celle d’un couple qui donne naissance à un enfant atteint d’une malformation cardiaque et qui devra être suivi sur le long terme. On accompagne alors ce couple lors de la révélation de l’état de leur fils, le suivi médical, l’attente interminable liée à sa pathologie et l’éventualité d’une opération, l’évolution de l’état physique de l’enfant, l’incompréhension, les avis médicaux qui divergent… Au milieu de tout ça, père et mère tentent de vivre un tant soit peu normalement.

Dans cette BD cathartique bouleversante, Espé arrive à transmettre des états et des émotions sans être jamais trop lourd ou insistant. Son approche trouve le bon ton et se révèle poignante, jusqu’à la toute fin, authentique, où l’on comprend enfin le titre de cet ouvrage.

Rémi I.


3 papas de Nando Von Arb, Misma

3 papas de Nando Von Arb, Misma

Nando Von Arb est un jeune artiste suisse qui publie sa toute première bande dessinée. Il s’agit de sa propre histoire, celle de son enfance vécue auprès de ses papas. Car des papas il n’en a pas eu un, ni deux, mais bien trois : son père biologique, le nouveau compagnon de sa mère et un ex de sa mère. Cette autobiographie met en lumière un des nombreux schémas familiaux modernes et s’autorise la vision enfantine du vécu en son sein.

Pour nous raconter son passé, l’auteur utilise un dessin infantile, spontané et naïf qui n’est pas sans rappeler le graphisme libéré de Ted, drôle de Coco d’Émilie Gleason. Sa transcription graphique laisse toute la latitude émotionnelle propre à sa vision d’enfant et aux souvenirs. Elle offre une puissance évocatrice, une liberté de ton et de mise en image qui donne à chaque personnage un graphisme propre à ce qu’il représente pour le jeune Nando.

En plus de cette authenticité captée par le trait, la justesse de traitement des relations qu’il entretient avec sa famille passe aussi par les mots, les échanges et apports de chacun de ses membres. De l’art brut et subtil.

Rémi I.


Séance de rattrapage 

Sumographie de David Prudhomme et Sonia Déchamps, Soleil 

Sumographie de David Prudhomme et Sonia Déchamps, Soleil

Ce gros livre de 200 pages est une compilation de dessins réalisés pour plusieurs expositions à travers la France enrichit d’inédits et de textes explicatifs. Un projet autour de la figure du sumotori, lutteurs adulés au Japon et méconnus en occident. David Prudhomme est allé à plusieurs reprises au Japon afin d’en saisir plusieurs nuances, de croquer l’atmosphère autour des tatami ou des stades où s’affrontent ces demi-dieux. Il en retire des séries de dessins, portraits ou illustrations, croquis d’observation ou plus libre. Il utilise différentes techniques, des crayons aux feutres, de l’encre de Chine aux pastels, encres et charbons. C’est à la fois enchanteur, virtuose et déroutant. 

Pour valoriser ces illustrations, Sonia Déchamps à composé une série de texte éclairant les termes, les rituels, l’historique ou aspects techniques du Sumo ou interviewant le dessinateur sur des aspects précis. Cinq parties : l’entraînement,  les Portraits, les Préparatifs ; les Combats & les Onirismes permettent à la fois de se faire une idée de tous les aspects de ce sport pas comme les autres, mais aussi de l’étendue de la palette du dessinateur. 

En complément les auteurs & l’éditeur ont travaillé l’objet avec soin, offrant des grandes pages sur papier glacé ou des séries de portraits imprimés sur papier bible, des leporellos & des pages verticales à déplier, une jaquette surimprimée… Un livre-objet passionnant & beau, qui se relit ou se feuillette plus qu’il ne se lit. Un carnet de voyage augmenté, une exposition de poche dont on aimerait qu’il devienne le 1er d’une longue collection. 

Thomas Mourier 


Le dernier Atlas T2 de F.Vehlmann, G.de Bonneval, H.Tanquerelle & F.Blanchard , Dupuis 

Le dernier Atlas T2 de F.Vehlmann, G.de Bonneval, H.Tanquerelle & F.Blanchard , Dupuis

Deuxième volume de cette grande saga mêlant plusieurs sous-genres de la science-fiction, entre uchronie et prospective, en passant par le mecha et la politique-fiction. Une série atypique qui arrive à mettre en scène une réflexion sur l’écologie et la charge historique de la colonisation à travers un récit d’action, entre grand banditisme & récit de guerre.

Après un premier volume qui mettait en place l’univers (lire ici la chronique du T1 qui plante le décor et énonce les enjeux de cette grande fresque), les auteurs centrent ce tome sur un atlas et ils nous font vivre l’expérience de l’intérieur après nous avoir donné très envie dans le T1. Réalisant un rêve d’enfant, tout en étant la cible de plusieurs factions, Ismaël se retrouve aux commandes de l’Atlas qu’il a sorti d’Inde et se bat pour arriver en Algérie avant de se faire arrêter ou assassiner. 

La tension monte, et on assiste à une triple course poursuite en Asie, en Algérie et en France qui vont toutes aboutir dans le désert autour de ce phénomène inexpliqué et les 230 pages défilent à toute vitesse nous laissant sur un cliffhanger attendu, une confrontation que l’on espère voir dans le T3 pour répondre à toutes nos questions. 

Thomas Mourier 


Illustration principale © Joël Alessandra & Lotfi Akalay / Dupuis

2020
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